Débat à propos du Capitalisme  du vendredi 30 novembre 2007.


 


Quelles sont les caractéristiques du capitalisme contemporain ? Comment appréhender ses contradictions pour fonder un projet de transformation sociale ?

débat public avec Alain Obadia lundi 26 novembre 2007

Participants : 51. dont plusieurs non-adhérents.

Introduction

Alain Obadia (dirigeant national du PCF) Plutôt qu’un exposé exhaustif, je vais prendre une série de thème d’analyse ou d’action, en essayant d’être concret, même si je veux rappeler un certain nombre d’éclairages théoriques.

• la « rupture » sarkozienne et l’offensive de régression sociale et démocratique généralisée (que nous subissons) est une volonté d’instaurer une phase nouvelle dans la gestion du capitalisme en France. Ce n’est pas un simple changement de Président, mais un projet rationnel de déconstruction, une volonté de mettre à bas le « modèle social » issu du Conseil National de la Résistance, que la France soit dominée par les lois du marché comme c’est le cas dans la plupart des pays. Cette volonté tous azimuts (droit du travail, services publics, santé, enseignement, droits humains -tests ADN-, démocratie -hyper présidentialisme-) est servie par une mise au pas complète des moyens d’information. La bataille politique est menée depuis des années, et aujourd’hui, on a à faire à une droite qui s’assume face à une gauche (particulièrement le PS) qui est ambiguë et tellement timide qu’elle en est inaudible. Aujourd’hui, il y a la nécessité impérieuse de la montée en puissance d’une riposte sur le plan politique et idéologique, dans les luttes et par rapport aux grandes questions (comme l’évolution du climat), d’une riposte qui ne sera possible que dans le rassemblement.

• ... mais qu’est-ce que le capitalisme ? Ce n’est pas seulement la « propriété privée des moyens de production et d’échange » : cela existait déjà dans l’antiquité ou au Moyen-âge, et pourtant, ce n’était pas un système capitaliste : même si c’est vrai, ce n’est pas la principale caractéristique du capitalisme. Ce qui caractérise le système capitaliste, c’est la marchandisation généralisée : tout doit devenir marchandise. Le moteur du système, c’est que l’utilité d’un bien ou d’un service est minorée par rapport à sa valeur d’échange, et notamment la force de travail est assimilée à une marchandise. C’est la force de travail qui constitue la plus-value et génère le profit. L’argent, quant à lui, d’équivalent universel, il devient d’abord capital, c’est-à-dire mise de fond pour le profit. Aujourd’hui, il y a une crise structurelle de suraccumulation du capital : on est dans une guerre économique, c’est la loi de la jungle. Par exemple, la crise des « subprime » (crise du logement hypothécaire) : c’est devenue une crise financière mondiale : une masse considérable d’argent a été épongée, ce qui a fait chuter la croissance.

• la phase contemporaine du capitalisme Le capitalisme des années 1930 était fondé essentiellement sur la grande industrie. Celui des années 1950-1980 était le capitalisme monopoliste d’Etat (où l’Etat était le régulateur du capital). Depuis, la révolution technologique et informationnelle est montée en puissance, ce qui bouleverse tout : - le travail (la composante intellectuelle y devient prépondérante, le taylorisme...) - cela a permis de mondialiser le pilotage stratégique et surtout opérationnel des finances. Il y a donc eu création des conditions pour la mise en concurrence généralisée des travailleurs et des territoires au niveau mondial dans les années 1965-1970. - les multinationales peuvent désormais s’affranchir des conditions étatiques, fruits des luttes. Jusque dans les années 1970, pour lutter contre la tendance de diminution des taux de profit, on étend les champs pouvant donner lieu à des profits. A la fin des années 1970, le thème de « trop d’Etat » entre dans la bataille idéologique. Quelques événements récents (années 1980) : - la dérégulation des marchés (libre concurrence -les services publics sont mis sur le marché-, libre-échange), - les délocalisations (désindustrialisation ici et surexploitation là-bas) - la sphère financière fonctionne différemment (24 heures sur 24 et à la vitesse de la lumière, délocalisation des capitaux vers les pays où ils seront le moins taxés). Les multinationales sont sans contrepouvoir : - leurs sièges sociaux sont au Luxembourg ou dans les paradis fiscaux, - il y a un dumping à la fois social, fiscal et environnemental, d’où « l’attractivité des territoires » - gonflement de la sphère financière (produits dérivés...)

Il y a un triple basculement : - monétaire (le dollar est rendu inconvertible et n’est donc plus basé sur sa valeur en or -premier choc pétrolier-) - néo-libéral : Reagan, Thatcher - dérégulation étatique : l’Etat ne fait plus que des régulations minimales du marché.

Quelques chiffres pour illustrer : - la libre circulation des capitaux : en 2005, 1 500 milliards d’euros transitaient chaque jour (soit le PIB de ka France) - les 300 premières multinationales, faisaient, en 2004, 300 milliards d’euros d’Investissement Direct à l’Etranger (soit le Budget de la France). Depuis, ce chiffre a exposé. - l’écart entre les 20% les plus riches au niveau mondial et les 20% les plus pauvres était de 1 à 30 dans les années 1960, et de 1 à 80 en 2005. - le taux de profits des entreprises qui ne sont pas réinvestis était de 25% en 1970 et de 75% en 2004. - 10% du PIB sont passés de la rémunération du travail à celle du capital entre 1982 et 2002, soit 180 milliards d’euros par an (60% du Budget de l’Etat)

• Mais...un système plus instable que jamais des contradictions explosives des risques majeurs pour l’Humanité La mise en privé de tout ce qui peut générer du profit (comme la santé) est tout à fait contradictoire avec deux phénomènes majeurs : - le caractère de plus en plus collectif de la production (cela va du partage des infos nécessaire entre collègues au soutien-gorge fabriqué dans sept pays différents -bonjour les coûts de transport et la pollution-, en passant par les entreprises qui soutraitent sur un même site, ce qui aboutit à une surexploitation aggravée pour les salariés). - les grands enjeux mondiaux de la planète qui sont de plusieurs ordres : écologiques (sauvegarde de la planète), démographiques et migratoires, recherche et partage des connaissances (par exemple pour faire disparaître les épidémies), les biens communs de l’humanité (eau, énergie...), la vraie stabilité monétaire, la paix... Toutes ces questions appellent de la coopération à l’échelle mondiale.

• En même temps, pas de fatalité historique : le système a des contradictions, mais il peut perdurer Le système peut perdurer dans sa crise systémique. Le problème est de changer de mode de production, c’est-à-dire de transformer les rapports de production. Ces rapports, ce sont : des moyens d’approvisionnement, des pouvoirs (à tous les niveaux), des institutions, et des moyens de communication. Il y a donc une bataille de classe à mener. Mais il y a aussi une bataille politique à mener en même temps, c’est celle du mouvement des idées pour faire changer les mœurs de la société. Ces deux batailles ne se confondent pas.

• Les bouleversements et l’enjeu du travail La révolution scientifique et technologique peut être porteuse d’une efficacité nouvelle. Aujourd’hui, c’est la course à la production par l’intensité du travail : c’est le stress, la dégradation des conditions de travail, le chômage massif (en France, 4 millions de personnes voudraient avoir un emploi et ne peuvent pas), la précarité galopante (en France, il y a 3 millions de précaires. 82% des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes, dont la moitié sont subis). En tout, il y a donc aujourd’hui en France 7 millions de chômeurs ou précaires, soit 30 % de la population salariée. Notre proposition de la Sécurité d’Emploi ou de Formation est donc un combat central aujourd’hui. La « Flexisécurité » prônée par le MEDEF et l’UMP permettrait de licencier plus vite (et à moindres frais pour l’employeur). La question est celle de la finalité du travail, de son organisation, de son contenu. Il y a nécessité de nouveaux pouvoirs aux salariés pour lutter contre les dictatures patronales (« dictature » est ici entendu au sens étymologique du terme : « décision qui ne se discute pas »). Les patrons cherchent à diviser les salariés entre eux pour mieux les individualiser et les mettre en concurrence les uns avec les autres, ce qui construit le « chacun pour soi » contre les garanties collectives. La finalité du travail est en lien avec celle de l’entreprise : cette dernière est-elle une machine à profits ou un collectif humain ancré dans un territoire ? Il est nécessaire de faire monter l’exigence nouvelle d’appropriation sociale de l’entreprise (nouveaux pouvoirs pour les salariés, nouveau crédit, orientation des capitaux financiers...) La révolution informationnelle a transformé le salariat : dans les années 1970, 40% des salariés étaient ouvriers dans de grandes unités de production. en 2006, 20% des salariés sont ouvriers, et la plupart du temps, c’est dans des PME : ils ont une proximité plus grande avec le patron, mais aussi avec les clients. dans le même temps, les services ont beaucoup augmenté (cadres : + 10%, techniciens : + 20%, fonctionnaires dont enseignants : + 5 %) Pour moi, la bataille est celle pour l’unification du salariat dans la diversité (les salariés ont une communauté fondamentale d’intérêts, mais leur uniformisation est impossible). Je pense que le monde du travail et les couches populaires sont le socle de notre bataille pour des choix de société différents, et le socle de l’avenir du PCF.

• Fondamentalement, l’enjeu est celui du dépassement du capitalisme Je pense qu’il faut situer le combat politique à cette hauteur-là. Si on perd de vue l’objectif du combat, on s’enlise (cf le PS qui devient social-libéral !!) On ne combat pas une tumeur avec de l’aspirine... Le terme « dépassement » signifie qu’il s’agit d’un processus progressif de luttes et de réformes : à nous d’attaquer dès maintenant les fondements du capitalisme dans tous les domaines (exploitation libre du travail, mise en privé de tour -marchandisation-, argent-capital) en plaçant la satisfaction des besoins et l’épanouissement humain comme moteur de toutes les décisions.

• Mener ce combat transformateur avec le communisme Les expériences du XXème siècle du communisme ont aboutit à un vrai discrédit. Pourtant, aucun terme alternatif n’a cette force historique, ni cette portée. En même temps, le communisme est le combat émancipateur le plus radical : il s’attaque à la racine des choses.
-  les combats « anti_ » (_libéral, _capitaliste) ne sont pas porteurs de projet, de construction : on reste sur la défensive (les termes employés le disent bien).
-  la transformation sociale profonde est possible : Sarkozy est bien en train de la faire ! Et s’il est si euphorique, c’est que nous sommes sur la défensive.
-  nous pouvons donner au terme « communiste » une nouvelle aura, une nouvelle jeunesse. Par exemple, après la guerre, je me souviens, il n’y avait plus de « droite » en France (les gaullistes se disaient au « centre », et les autres aussi) : le terme de « droite » avait été discrédité par l’attitude qu’ils avaient eue pendant la guerre. Aujourd’hui, le droite est revenue, et elle s’assume. Le communisme constitue-t-il un socle solide ? Le communisme, c’est le combat contre « l’aliénation » au sens où l’entendait Marx, c’est-à-dire contre l’exploitation, contre toutes les dominations, contre toutes les discriminations, contre toutes les injustices. Et c’est le combat pour l’émancipation humaine. « Ce qui caractérise le communisme, c’est une société dans laquelle l’épanouissement de chacun est la condition de l’épanouissement de tous » (K. Marx) C’est-à-dire que toute injustice mutile la société. Le communisme, c’est le partage des savoirs et des pouvoirs, la mise en commun des capacités de production et des énergies. Autrement dit, le communisme, c’est la coopération comme démarche première. Le communisme, c’est une attitude politique, une conception des rapports avec les autres que nous pouvons et devons mettre en œuvre dès maintenant et qui sous-tend toute notre bataille. Les communistes doivent être les rassembleurs. Pas autour de nous. Mais notre peuple doit se rassembler. Sur des contenus, pour éviter l’impasse. Nous devons construire des lieux de rassemblement des forces pour une mobilisation générale pour créer un rassemblement populaire majoritaire. Se battre sur la base du communisme, c’est le contraire du repli sur soi. « Le communisme est le mouvement réel qui abolit l’ordre des choses existant » (K. Marx)

• Fonder le développement transformateur sur la satisfaction des besoins Tous ces grands combats doivent être menés ensemble. Par exemple, le « développement durable » : toutes les multinationales font leur publicité en disant qu’elles y participent. C’est devenue un thème « soft » qui peut même être opposé au social. Par exemple, un expert du Conseil Economique et Social préconise, pour diminuer la consommation énergétique, d’augmenter le prix de l’énergie !!! Il faut parler de développement HUMAIN durable. La polémique avec la « décroissance » : Oui, le PIB n’est pas représentatif (il ne tient compte que des marchandises, et pas des progrès humains : ceux-ci sont pris en compte par le PNUD -Plan des Nations Unies pour le Développement-). Mais quand le PIB diminue, le chômage augmente : la dégradation sociale s’accentue. Oui, des productions doivent décroître, comme celles de l’armement, ou des transports routiers (au profit du ferroviaire), et globalement des transports par relocalisation des productions. Pour satisfaire les besoins, il y a nécessité de croissance. Pour avoir une croissance fondée sur les besoins, encore faut-il produire soi-même. Mais la nouvelle croissance ne satisfait AUCUN ces BESOINS. La croissance est nécessaire, mais la condition est celle de son contenu. Par exemple, pour relancer la croissance aujourd’hui : la satisfaction des besoins créerait des emplois, il y aurait donc des salaires (et des paiements d’impôts), ce qui permettrait aussi de satisfaire les besoins (services publics...)

• Une bataille politique du local au mondial La réforme des institutions internationales (OMC, FMI...) : leur objectif doit être le développement des pays, les emplois et le progrès humain, le tout sous l’égide de l’ONU. Oui à des taxes mondiales (la taxe Tobin pour l’environnement, ou des taxes sur les mouvement s des capitaux par exemple). C’est lié à notre bataille contre l’Europe libérale, et pour une Europe de progrès social et de démocratie. D’où l’importance de l’enjeu du traité européen (sur son contenu et sur le référendum). C’est une bataille que l’on peut mener dès l’entreprise (par exemple, en se battant contre les délocalisations qui ne sont pas une fatalité, pour les droit d’information et d’intervention des salariés, avec des taxes différentielles selon la politique sociale de l’entreprise...)

• Boucler la boucle : RIPOSTE Tout ce que je viens de dire, c’est du carburant pour notre bataille politique. Bien sûr, la situation est extrêmement difficile :
-  le PCF, à 1,93%, se pose des questions fondamentales sur son avenir (questions que nous affrontons), et sur l’avenir de la gauche et du combat transformateur.
-  la gauche (dominée par le PS) est aux abonnés absents (tentation du PS pour le MoDem (donc la droite), Bayrou se voir le leader d’une fusion entre les deux). Tendance au bipartisme comme celui qui existe aux Etats-Unis, entre Démocrates et Républicains. Et je ne confond pas la direction du PS avec leurs militants et électeurs.
-  la droite s’assume (Sarkozy en constitue une nouvelle phase, avec l’hyperprésidentialisme). Mais en même temps, la situation a changé. En août dernier, le fatalisme dominait, Sarkozy paraissait intouchable. Aujourd’hui : il y a un fond de mécontentement social, les luttes sont plus déterminées que ce à quoi s’attendait le gouvernement (régimes spéciaux, fonctionnaires, étudiants...). Bien sûr, il existe encore des illusions sur Sarkozy. Mais il existe des conditions politiques nouvelles pour se faire entendre, malgré le black-out médiatique. Dans ces luttes, notre rôle est bien sûr d’y être pleinement, mais c’est surtout d’éclairer le choix de société, d’y mener la bataille d’idées politiques. Faisons tout pour rassembler. Il n’y a pas de fatalité de la régression sociale, on peut faire autrement. L’argent existe ! Au-delà des difficultés d’aujourd’hui, il y a une certitude : notre combat, le combat pour l’émancipation humaine a un grand avenir !

Débat

■ Il est difficile d’isoler un aspect dans cet ensemble. Notre principale difficulté pour moi est la crédibilisation du projet alternatif. Sommes-nous capables d’identifier des centres de décisions sur lesquels on peut agir ? Il y a le sentiment chez les gens qu’en se mondialisant le capitalisme s’est mis hors de portée.

■ Mais ça ne va pas pouvoir durer éternellement : plus on délocalise, moins il y a possibilité de le faire qui soient financièrement intéressantes, donc moins il y aura de profits possibles.

■ J’aurais voulu connaître votre point de vue à propos des investissements dans les académies scientifiques et dans l’enseignement supérieur.

■ Aujourd’hui, nous sommes dans une situation d’affaiblissement parce que nous ne sommes plus capables de créer l’espoir. Aujourd’hui, la question est : comment rassembler tous ceux qui ont nos valeurs ? « Communisme » : je suis attaché au mot, mais si c’est l’obstacle au rassemblement...

■ Je voudrais ajouter quelques réflexions sur la nature du capitalisme. On nous colle aux basques le stalinisme. Mais aujourd’hui, le stalinisme ne tue plus. Le capitalisme, si. Mais c’est ignoré. Jean Ziegler est très intéressant sur ces questions-là. La première cause de mort au monde, c’est la faim. D’ici la fin de l’année, 36 millions de personnes mourront de faim ou des maladies qui lui sont liées. C’est-à-dire 100 000 personnes par jour. => Nous devrions être plus offensifs sur les Droits de l’Homme.

■ Aujourd’hui, Bush et d’autres parlent de plus en plus de guerre : ne risque-t-on pas d’aller vers une troisième guerre mondiale ? D’autres part, plusieurs scientifiques disent qu’on risque très prochainement (d’ici 20 ans) d’avoir affaire à une catastrophe écologique majeure (la fonte des pôles fera considérablement monter le niveau de la mer). Face à ces enjeux, que fait-on ?

■ La révolution informationnelle : je voudrais bien insister là-dessus et voir ce qu’elle peut entraîner. Elle nous mène plus ou moins vers un monde de travailleurs sans travail, alors qu’elle pourrait être un formidable moyen d’épanouissement pour les individus. Face à ça, nous avons un levier important : la Sécurité d’Emploi et de Formation.

■ Moi, j’ai envie de dire « prolétaires de tous les pays, unissez-vous », de ne pas placer la perspective dans un cadre trop franco-français ni européen (l’intérêt d’un ouvrier chinois est identique à celui d’un ouvrier d’ici). Le communisme ne peut être une utopie qu’au niveau mondial. Dans 13 pays du monde, l’espérance de vie est inférieure à 30 ans. Moi je voudrais qu’on arrive à ce que ce soit 80 ans pour tout le monde. Le vrai problème qu’on a aujourd’hui, c’est qu’on arrive à reconstruire une internationale. C’est comme ça qu’on recréera de l’espoir.

■ Je rebondis sur ce qui vient d’être dit. Aujourd’hui, l’espérance de vie d’un cheminot est de 10 ans de plus que celle d’un salarié du privé. Du conflit qu’on vient de vivre pendant dix jours, moi j’en sors la tête haute. Parce que d’une part Sarkozy n’a rien fait pendant dix jours, alors que d’habitude dès qu’il se passe quelque chose il est sur les lieux (Tchad...). Et d’autre part, nous l’avons obligé à se mettre à la table des négociations avec l’entreprise et avec les syndicats, ce qu’il ne voulait pas du tout au début. D’autre part, quand on parle de la « situation du secteur public » : la concurrence, on la vit de plein fouet à la SNCF, entre la SNCF et ses sous-traitants. Pour moi, il n’y a plus de différence entre le public et le privé.

■ Je suis heureux de ce que tu as dit. De ce que c’est le communisme. Et ça, ça a du contenu, c’est d’actualité, et c’est à enrichir constamment. Tous ceux qui sont « communistes » en actes ne sont pas au Parti. Pour réactualiser ça, il faudrait réécrire un Manifeste. Est-ce qu’on ne pourrait pas relancer l’idée de l’Atelier et réécrire avec tous (au-delà de nos adhérents) la visée communiste ? Et après, le projet. Le projet est à retravailler. beaucoup de gens (membres ou pas du Parto) réfléchissent. Il y a un manque de synergie : il faut que la synergie ait lieu, avec aussi les militants.

■ Je suis d’accord sur l’intérêt des travaux de Jean Ziegler. Sur la crédibilité des projets et les solutions que nous pouvons présenter, il faut parler d’ économie politique. Pare que je e suis pas sûr que les gens touchent du doigt l’économie.

■ Je suis d’accord avec ce qui vient d’être dit, l’urgence absolue de reformuler un Manifeste communiste. Pour dire aux gens ce que c’est être communiste au XXIème siècle, et pas au milieu du XIXème siècle. Je ne rejette pas du tout Marx, mais il ne nous a pas non plus dit comment faire aujourd’hui. Mais il ne faut pas non plus qu’on reste frileux sur l’échec de ce qui s’est appelé et s’appelle encore aujourd’hui « communisme ».

■ Je me réclame du communisme, mais je ne suis pas et n’ait jamais été adhérent au PCF. Aujourd’hui, il y a un « proto-Etat » européen. Nous devons appuyer la recomposition d’une vraie gauche au niveau de l’Europe, avec les Partis communistes et au-delà. Au niveau politique, on ne peut pas passer le passé sous silence. Pour que le mot « communisme » retrouve sa portée.

■ Adhérente au PCF depuis 2 ans, je suis née en 1964, et je travaille dans la communication. J’en ai marre de voir les communistes faire un mea culpa, « valises de plomb » et compagnie. Mais aujourd’hui, quand on parle de notre projet à des jeunes, ils y adhèrent. Et puis, la communication ne se fait pas en négatif, ça ne marchera pas. Essayons de faire en sorte que le mot « communisme » soit porteur de positif.

■ Enormément de choses ont déjà été dites. Moi, je suis dans le même état d’esprit que ce qui vient d’être dit. Lorsqu’on analyse politiquement la réalité d’aujourd’hui, on se rend compte que ce passé pèse dans la perception du mot « communisme » : aujourd’hui, dans les livres à l’école, communisme= stalinisme, et Staline est à peut près équivalent à Hitler. Je veux revenir sur une autre question qui a traversé beaucoup d’intervention : la crédibilité même de ce qu’on peut faire avancer ou pas. En s’appuyant sur la révolution informationnelle, le capitalisme a gagné une bataille formidable : celle des marges de profit. L’OMC, le FMI... si on s’en tient là, le combat paraît tellement éloigné de la réalité des gens. Le problème est que nous arrivions à mieux viser les centres de décisions. L’Union Européenne peut être un lieu de re-régulation. C’est une bataille qu’on peut mener dès maintenant sur la question du traité-bis (et du référendum), et qui nous ramène aux centres de décisions en France-même (la France devrait se battre pour cette Europe-là). Il est nécessaire d’axer la bataille sur du concret (par exemple les délocalisations pour le profit). Ca aussi, c’est une bataille qu’on peut mener tout de suite. Personnellement, je pense que pendant des années nous avons été en état de carence par rapport à cette question du libre-échange. Le mouvement altermondialiste (dont nous faisons partie) a eu l’immense mérite de se batte pour dénoncer cette mondialisation, même si sa faiblesse est son manque d’ancrage dans la réalité du terrain (monde du travail). C’est comme ça qu’on a gagné en 2005 : quand les gens se sont dit qu’ils étaient intéressés directement. Cette question de créer l’espoir, c’est-à-dire d’avancer une alternative politique dont les gens puissent dire « ça peut marcher ». C’est un moment où il faut se bouger les neurones. Personnellement, je pense qu’il faut garder la référence communiste, même si je respecte parfaitement l’idée inverse. Car quel autre mot induit le dépassement du capitalisme ? Pour qu’il y ait une alternative politique, tout ce que nous faisons doit être tendu vers un rassemblement de notre peuple sur des questions de progrès social. Pour ça, il faut que la gauche de transformation sociale puisse travailler dans la convergence. Le processus antilibéral était ambigu entre travailler ensemble (donc être chacun soi-même) et être dans l’antichambre d’une fusion. Dans ce contexte, je suis pour l’existence du PCF. En disant, « travailler plus pour gagner plus », Sarkozy n’a pas une pensée sur le travail. Parce que « travailler plus pour gagner plus » signifie trois choses :
-  le salaire est bien tel qu’il est
-  la seule solution, c’est le « chacun pour soi »
-  et soyez bien dociles (les heures supplémentaires dépendent de l’employeur) Et a gauche (au PS), il n’y avait pas de capacité à discuter les enjeux d’avenir. Aujourd’hui, on a toutes les raisons de ne pas baisser les bras, d’être à l’offensive. Je suis tout à fait d’accord avec la rédaction d’un nouveau Manifeste. Tout l’enjeu est d’en être capables. D’avoir un texte qui ait du souffle et qui montre les enjeux en les concrétisant.






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