Compte-rendu du débat public du 13 novembre 2007  du mercredi 21 novembre 2007.

Sur quels obstacles buttent les partisans de la transformation sociale ? Que faire pour modifier les rapports de force à gauche ?
 


Participant(e)s : 43

Excusé : Olivier Dartigolles (membre de la direction nationale du PCF)

INTRODUCTION

"Comment construire une majorité politique de gauche suffisamment réaliste et audacieuse, courageuse et solide pour répondre durablement aux exigences et aux aspirations populaires, ce qui suppose inévitablement qu’elle procède à de profondes réformes à contenu anticapitaliste ?"

La première interrogation qui vient à l’esprit est de se demander pourquoi sommes-nous en échec sur ce plan depuis plusieurs décennies.

Il y a eu d’abord le Programme commun, qui partait d’une idée apparemment naturelle d’un accord programmatique et politique entre le Parti communiste et le Parti socialiste. Le scénario était simple : Grâce à cet accord, la gauche gagnait les élections et mettait en œuvre le programme, ce qui ne pouvait que satisfaire les couches populaires et leurs alliés et assurait donc la pérennité du changement. Dans notre idée, les forces populaires, en tant qu’actrices de ce changement, n’étaient pas à vrai dire mises sur la touche mais leur rôle se limitait à la "vigilance" quant à l’application des engagements et au "soutien" face à l’obstruction que n’allait pas manquer de faire la bourgeoisie. Avec des formules appropriées, on pouvait donc se la jouer "marxiste" : la "lutte des classes", les "masses qui font l’histoire"..., alors qu’en réalité la démarche restait profondément marquée par la conception d’une avant-garde qui prend l’initiative du changement par le haut des états-majors et par le haut du pouvoir politique d’État une fois celui conquis.

Ça n’a pas marché pour cette raison fondamentale. L’élaboration même du Programme avait été le fait exclusif des états-majors. Certes, une fois signé, il a fait l’objet d’un gros effort de popularisation et d’argumentation. Là encore on pouvait se raconter des histoires : "Le Programme commun est devenu la propriété du peuple de gauche"... L’idée de nationalisation, pour prendre cet exemple central, avait avancé grâce au Programme.... Mais il a fallu bien vite se rendre à l’évidence au moment où nous avons voulu procéder à sa nécessaire actualisation : les gens de gauche, y compris notre électorat, avaient été placés dans la seule position d’électeurs et, dès lors, ne se considéraient pas comme les "auteurs" de la politique de la gauche. Quand nous avons voulu les faire intervenir sur cette question de l’actualisation (la nationalisation des filiales, pour rester dans le même exemple), nous avons rencontré l’incompréhension, l’indifférence et même une certaine méfiance face à ce qui pouvait apparaître comme une surenchère suspecte venant des communistes. On a vu aussi que ce Programme, de par son statut de compromis, était devenu intouchable, comme un bibelot fragile (même s’il fallait l’actualiser). Tout ce qui n’était pas dedans était donc renvoyé à plus tard. Alors même que nous commencions à mesurer nos retards par rapport à ce qu’avait exprimé le soulèvement de 68, notre démarche stratégique bridait nos avancées et conduisait à des situations paradoxales sur des thèmes comme l’autogestion ou le changement de République.

Enfin, un autre défaut de cette démarche programmatique, et pas le moindre, est que la question du rapport de force entre les deux courants de la gauche se trouvait en quelque sorte évacuée. C’est ce qu’avait bien compris François Mitterrand. L’hégémonisme socialiste s’est vite installé sur la base a) de la confusion en termes de projets et b) d’un plus de sympathie pour un PS tout frais tout beau alors que nous, nous traînions comme un boulet le soviétisme. Résultat : nous nous sommes retrouvés dans l’incapacité politique de nous opposer au tournant dit "de la rigueur" de 1982. On sait ce qui s’en est ensuivi : sortie du gouvernement en 1984 (pourquoi pas avant ?...) et accélération brusque de notre décrochage électoral.

La décennie qui a suivi fut extrêmement difficile. On peut être d’accord avec Patrice Cohen-Seat quand il écrit dans son dernier livre que la tentation de renoncer à la notion même de "gauche" et donc à son rassemblement - puisque cette notion de gauche, apparemment, c’est tout bon pour le PS et tout mauvais pour nous -, fut très forte chez nous. Le grand mot d’ordre du 25ème Congrès, "Primauté au mouvement populaire", fut souvent interprété unilatéralement en ce sens dans une sorte de lâche soulagement. Ce furent alors des années de zigs et de zags. Au plan international, on assistait à l’écroulement du "socialisme d’État". À l’intérieur, 88-93 furent des années désolantes où un Mitterrand à bout de course appelait au gouvernement des hommes comme Soissons, Durafour et Tapie... Ce furent des années où le culte de l’argent-roi était à son comble et où le plus chic était d’afficher son "réalisme", autrement dit son renoncement.

Puis sont venues, dans un enchaînement rapide, la succession de Georges Marchais en la personne de Robert Hue, la séquence électorale de 1995 - où notre déclin connut un répit (parce qu’il y avait enfin du neuf dans un PCF qui tenait encore vaillamment debout après la débâcle de l’URSS), la dissolution de 1997, la "gauche plurielle" et la déroute d’avril 2002. Brossées à grands traits, nos orientations stratégiques de l’époque tenaient dans les points suivants : • La construction d’une majorité à gauche demande l’intervention citoyenne. • Cette intervention demande des espaces où elle puisse s’exprimer : "espaces citoyens", "forums"... • Les positions respectives des formations de gauche doivent faire l’objet de confrontations publiques. • Les obstacles doivent être levés dans et par cette confrontation, étant entendu que la volonté d’union doit l’emporter sur toute autre considération. • Par rapport à l’action gouvernementale, le Parti, pleinement engagé, appelle à des manifestations pour faire entendre les exigences populaires afin "d’aider la majorité", et, en principe, s’en fait le relais dans les lieux institutionnels du pouvoir. Cela n’a pas marché. Nous avons entrepris l’analyse de cet échec (parallèlement à l’analyse critique de la conduite de la "mutation") : • Notre incapacité à faire vivre l’intervention citoyenne dès lors que nos appels restaient prisonniers d’une conception fondée sur la prééminence des organisations. • Notre incapacité, dans ce cadre-là, à poser clairement la question du rapport de force à gauche, cette question apparaissant opposée à la recherche de l’union. • Notre incapacité à faire véritablement dans les institutions le relais de ce qui se passait dans le pays. Nous avons fait de grandes choses, comme par exemple les grandes manif’s pour Michelin et Lu. Les avons traduites avec assez de force au gouvernement, au Parlement, dans les institutions locales ? Après avoir fait de belles choses en bas, n’avons-nous pas caner en haut sous prétexte de ne pas casser l’union, la majorité, le gouvernement ?... Qu’on se rappelle un seul exemple, honteux, le vote sur la loi de financement de la Sécurité Sociale. Cette analyse a été faite lors de notre 32ème Congrès (extraordinaire). Ensuite sont venues, en application, une réunion importante du Conseil national en septembre 2004 avec un rapport de Cohen-Seat, le 33ème Congrès, la Conférence nationale pour la préparation précise de la séquence électorale de 2007. Pour ce qui nous concerne ici, retenons les points suivants : • D’abord, nous avons affirmé qu’existait dans notre pays, comme dans d’autres, un grand nombre de personnes, un courant, une opinion qui contestent le libéralisme. Au 32ème Congrès, nous avions décidé de "favoriser et prendre appui sur l’expression multiforme du corant anti-libéral pour faire du combat pour le dépassement du capitalisme un objectif largement partagé autour de grandes propositions mobilisatrices et alternatives". Cette citation devrait remettre à leur juste place les oppositions polémiques entre "anticapitalisme" et "antilibéralisme". • Ensuite, nous avons dit que pour modifier le rapport de force entre ceux qui se contentent de vouloir "réguler" le système capitaliste tel qu’il est et ceux qui veulent, dans leur diversité, procéder à des changements qualitatifs contraires à son essence, il fallait que ces derniers se rassemblent et construisent une offre politique commune. Offre politique commune, cela veut dire :  Une même visée politique faite d’une volonté de bousculer la gauche non pas pour qu’elle explose mais bien au contraire pour qu’elle puisse se rassembler dans son entier, donc avec le PS, étant entendu que cette volonté s’accompagne d’un refus de s’intégrer, le cas échéant, dans une majorité qui serait sous hégémonie social-libérale.  La co-élaboration d’un programme alternatif.  Une unicité de candidature à la présidentielle et aux législatives, qui ne trahisse cependant pas la diversité du rassemblement antilibéral.

On connaît les résultats. Dans la phase où nous sommes, préparatoire au prochain Congrès, il est clair que nous devons distinguer plusieurs questionnements : a) nos orientations stratégiques étaient-elles justes ? b) si elles n’étaient pas justes, par quoi faut-il les remplacer ? c) Si elles étaient justes, comment se fait-il que nous ayons échoué, quelles erreurs faut-il corriger ? Rappelons en vrac et dans leur diversité les arguments de celles et ceux qui pensaient et pensent encore que la démarche n’était pas la bonne : • Avec cette histoire de rapport de force et de rassemblement antilibéral ( dont nous aurions surestimé les capacités ), nous aurions donné le signe d’un renoncement à l’union de la gauche avec le Parti Socialiste et avons été durement sanctionné de ce fait. • À vouloir faire un programme avec d’autres, nous serions parvenus à un résultat insuffisant, médiocre...alors que si nous nous étions battus avec notre programme, bien meilleur, bien plus approfondi, on aurait vu ce qu’on allait voir... • Nous avons sacrifié l’autonomie du Parti sur l’autel d’une alliance avec les gauchistes et autres alternatifs. Nous aurions ainsi enclenché le processus d’effacement et de dissolution du Parti. • À l’inverse du 1er point ci-dessus, tout le mal vient de ce que nous nous en tenons encore, à côté de complaisances avec le gauchisme, à une union avec le PS.

Les critiques sur la façon de conduire l’affaire, venant de celles et ceux qui approuvaient la démarche et l’approuve encore, portent en gros sur les points suivants : • Nous n’aurions peut-être pas tout fait ce qu’il fallait pour reconstituer l’arc politique du Non de 2005. • Les rapports entre organisations et citoyens engagés n’ont pas été clairs. Rappelons-nous que le trop fameux "double consensus" a été qualifié d’usine à gaz. Pas entièrement faux... • Nous n’avons pas su gérer la question de la candidature présidentielle.

La deuxième interrogation qui suit la première est bien évidemment : Que faut-il faire maintenant ? Rappelons la question posée : "Comment construire une majorité politique de gauche suffisamment réaliste et audacieuse, courageuse et solide pour répondre durablement aux exigences et aux aspirations populaires, ce qui suppose inévitablement qu’elle procède à de profondes réformes à contenu anticapitaliste ?"

Les échecs répétés et les dérives actuelles, graves et préoccupantes, du PS remisent-ils au placard cette perspective ?... Soyons autonomes, restons des militants du communisme, avec notre visée, notre projet ( qui a besoin d’une nouvelle élaboration ), notre participation au mouvement social, notre contribution au mouvement populaire, le souci de notre organisation... et cela suffira à notre tâche.

Mais nous pouvons faire raisonnablement le choix, pour le prochain Congrès que nous préparons, d’une réaffirmation du rassemblement de toute la gauche (sans surdimensionner la question des alliances), d’une nécessaire modification du rapport de force au sein de la gauche et, pour ce faire, du rassemblement des forces de la transformation sociales, dans leur diversité, pour une offre politique commune. Dans ce cas, quel rassemblement, comment, sous quelles formes organisationnelles, voila sans doute de vraies questions. Sur le plan organisationnel, une solution similaire à "Die Linke" ( La Gauche) en Allemagne, qui réunit des socialistes de gauche et des communistes ( qui ont le droit de s’organiser en tendance ) est proposée. Une autre proposition, assez proche, est de rejoindre en tant que "sensibilité" un "mouvement de la transformation sociale" dont on dira qu’il est "radical" et "alternatif". Mais beaucoup de communistes persistent à penser que le communisme a besoin d’une organisation politique propre et que la question du rassemblement pour la transformation sociale se pose plutôt en termes d’alliances, de fédération ou confédération, de front commun, de création d’un "nouvel acteur politique". D’autres encore pensent que le rassemblement pour la transformation sociale n’a pas à s’enfermer a priori dans un cadre organisationnel construit "in abstracto". Tout cela mérite d’être mis à plat, sans oublier l’essentiel : le rassemblement, le contenu, l’offre politique commune.

Un mandat va être donné à notre direction pour prendre toute initiative permettant de construire des propositions de réponses soumises au prochain Congrès. Ce mandat est l’affaire des communistes souverains, mais ceux-ci sont preneurs de tout dialogue, de toute propositions. Pour le thème ici traité, deux premières exigences peuvent être formulées : le souci de la précision dans le choix des mots et des expressions car les malentendus nous guettent, l’audace dans l’expérimentation pratique.

Débat

• je pense qu’il y a aussi deux éléments essentiels :
-  l’échec des pays de l’Est, qui est un obstacle à rassembler derrière le mot « communiste »
-  une extrême-droite très forte qui a canalisé le mécontentement contre l’immigré (nous, nous le canalisions contre le patronat). Aujourd’hui, Sarkozy en rajoute en le canalisant contre les pauvres. Aujourd’hui, il y a un dénigrement de la politique, devenue un spectacle donnant l’image du « tous pourris ». Puisque des acteurs sur le terrain se battent contre ce régime : ce sont des communistes qui s’ignorent : comment les rassembler tous pour avoir une force à gauche, avec des valeurs de gauche, qui soit le plus puissante possible ? Et comment capter tous ceux qui se disent « socialistes » et votent PS mais ne se reconnaissent pas dans les « collaborateurs » de Sarkozy ?

•Il y a trois questions aujourd’hui :
-  l’idéal communiste (idéologie)
-  question du programme (économie)
-  nature de l’organisme (organisation) Pendant longtemps, nous avons eu des réponses stables à ces trois aspects. Aujourd’hui, si le communisme est marxiste-léniniste, il appartient à une époque révolue. Nous devons montrer que le communisme non seulement existe, mais qu’il est même la seule question politique pertinente. Au milieu des années 1970, quelque chose a changé : il ya a eu une critique frontale du communisme, devenu « l’empire du mal » dans la tête des gens. La question communiste n’a jamais été autant d’actualité, mais il s’agit de la concrétiser. Aujourd’hui, le PS a adhéré à l’UMP (et fait un bras d’honneur au 29 Mai 2005). Le PS est un parti d’élus. Rassembler toute la gauche : je veux bien qu’on le dise. Mais à condition d’être clairs sur ce qu’est la gauche. Que les gens sachent ce qu’ils votent. D’autre part, on ne parle jamais de ce qui se passe au Parlement européen.

• Je voudrais qu’on soit vigilants sur le fait qu’on ne peut pas refaire l’histoire, même quelques années après. 1972 : pour moi, c’était une victoire. Parce que c’était un espoir de changement. Nous avons choisi une voie difficile : celle de l’intervention du peuple. Mais le peuple veut-il intervenir comme nous le souhaitons ? Aujourd’hui, nos difficultés sont de plusieurs ordres :
-  la droite occupe le terrain et les médias : notre espace se réduit
-  nous avons abandonné certaines couches de la société
-  les associations : nous les avons « désertées », ce qui n’est pas le cas du PS : ils ont un potentiel.
-  aujourd’hui, la politique ne se joue plus qu’au plan national : le Parti de la Gauche Européenne est à faire vivre plus visiblement par les gens. On attend ce qui se passe dans la rue. Mais la rue a besoin de débouchés politiques : c’est le chien qui se mord la queue.

• quand je parle avec les gens, j’ai beaucoup d’espoir. Ca rassure les gens de leur parler de Services Publics forts, de leur dire que l’Etat peur limiter l’exploitation. Aujourd’hui, le capitalisme est un échec flagrant. On est au bout du bout. On parle beaucoup d’écologie : c’est une vision politique, celle du respect des hommes et de la planète. Il faudrait que le Parti communique, s’engage sur ces thèmes. L’Union Européenne est un évident relais du capitalisme et de Sarkozy. A propos des associations, je suis d’accord : c’est là que les gens viennent avec leurs problèmes. C’est là qu’on peut les comprendre et se faire comprendre. On ne sait pas présenter l’avenir, présenter notre vision aux gens qui ne font pas de politique.

• Je pense que le Parti est mal dans sa peau et mal dans son époque. On ne peut pas dire qu’on fonctionne bien, qu’on travaille bien. Même dans la manière dont on se réunit, quelque chose a changé. En ce moment, quand on fait la fête (fédérale), on ne s’amuse pas. C’est devenu chiant de faire de la politique. Aujourd’hui, nous sommes une association (c’est-à-dire un ensemble d’individus). Le trou militant est dans les années Mitterrand. C’est quand Mitterrand arrive au pouvoir qu’on tombe dans la société individualiste. Et nous avons continué à avoir nos pratiques de quand on parlait à des groupes. Aujourd’hui, les gens vont dans une association majoritairement pour chercher une solution à leur(s) problème(s), pas pour construire quelque chose ensemble. Les gens sont interpellés par la société individuellement. Le problème n’est pas sur l’idéologie. Le terme « communisme » convient très bien.

• Pour moi, l’avenir est communiste, pas écologiste. L’écologie, ça me navre vraiment : tout ça est fait contre les masses populaires. En tant que communiste aujourd’hui, je suis un peu largué : j’au beaucoup de questions sans réponse, surtout par rapport à ce qui s’est passé pendant la dernière période. Malgré les 1,93, pour moi c’est la plus belle campagne que le Parti ait fait depuis que j‘y suis. Politiquement, els gens sont vraiment cons, parce que plus personne ne fait de politique. L’absence de politique traverse tout : les syndicats, les associations... La période électorale et la campagne : je les ai super bien vécues, parce que on avait tout : slogans, affiches et « petit livre rouge » dans lequel on a tout (le programme). Aujourd’hui, le combat pour moi n’est pas contre le PS. Moi, je rentre en résistance contre Sarkozy. Parce que demain, c’est ma retraite. En décembre, c’est le droit de grève. Et après ? J’ai l’impression que je vais bientôt me retrouver avec des baïonnettes et des fusils en face de moi. Aujourd’hui, qui sait que les cheminots cotisent 12% de plus pour leur retraite que dans le privé ?

• En tant que communistes, on a beaucoup plus à faire face à « pour qui voter, pour quoi et comment ??? » Le MoDem, les Verts et le PS n’ont pratiquement aucun programme économique : ceux qui ont voté pour eux ne savaient pas pour qui voter.

• Dans l’analyse que tu as présentée Jean, il me semble qu’il faudrait intégrer que nous ne sommes plus l’exception française. Partout, les Partis communistes sont marginalisés ou n’existent plus. Mondialement, les mouvements communistes organisés ont du plomb dans l’aile. Le deuxième élément dans nos difficultés est qu’on est passés à partir du début des années 1970, on est passé d’un système capitaliste qui pouvait se redonner du tonus jusqu’à la prochaine crise à une crise durable du système capitaliste : il est nécessaire au système de détruire de plus en plus vite une partie du capital pour sauver l’autre partie du capital. Aujourd’hui, le chômage massif et la misère créent du populisme, mais pas de prise de conscience. Il y a une perte d’espoir. => Qu’est-ce qui ne marche pas chez nous pour qu’on n’arrive pas à corriger ça ? Aujourd’hui, Sarkozy cherche la confrontation dure. Pour mater le peuple. Aujourd’hui, l’idée de pouvoir changer la société a du plomb dans l’aile. Qu’est-ce qui va nous faire à nouveau rêver ? Nous, communistes, sommes au pied du mur. Nous sommes dans l’obligation de chercher les cause set de construire du neuf. Il y a urgence d’un projet politique transformateur. Le PS, lui, veut passer à autre chose. A une voie démocrate. Mais ça, c’est un projet qui a mûri dans la tête de Clinton, d’en finir avec l’assistanat. Mélanchon, dans son livre En quête de gauche (qui vient de sortir) démontre que la mise en place des politiques démocrates a maintenu le système capitaliste. La droite est à l’offensive pour empêcher le mouvement. Moi, j’attends du Parti des argumentaires pour être forts dans la riposte. Je trouve qu’on n’est pas à la hauteur sur les enjeux politiques du moment. Il y a nécessité de créer les conditions d’une force politique nouvelle. Et quand je ne dis ça, je ne dis pas abandon du PCF.

• Juste une remarque : la droite fait aussi de l’entrisme forcé dans les associations. D’autre part, on a fait notre tort. Par exemple, nous étions les premiers écologistes. Mais on n’a pas insisté. De même, nous étions le premier groupe au parlement à avoir des femmes. Mais on a laissé la lutte féministe aux autres. Pleins de groupuscules ont donc pris nos thèmes. Autre chose qui me navre : il n’y a plus d’école, plus de formation pour les communistes. Nous avons un outil formidable : l’Humanité : nous devons nous en servir pour établir un projet et le populariser. Même si je trouve qu’il n’est pas beaucoup porteur de communisme (ce que je regrette).

• Beaucoup de choses ont été dites. Aujourd’hui, le problème de la droite et du PS est de faire disparaître le PCF, qui et le seul trouble-fête. C’est pas le moment que nous baissions les bras. Par exemple, la révolution informationnelle nous mène vers un monde de travailleurs sans travail. Il ne faut pas négliger la force des médias qui ne font pas de l’information, mais de la communication, c’est-à-dire qu’ils manipulent les gens. A nous de répondre, de dénoncer tout a. En plus, le PC n’est pas démuni, il a un projet (exemple : la Sécurité d’Emploi et de Formation) Les gens ont voté Sarkozy parce qu’il a réussi à créer de l’espoir. Il faut qu’on fasse sortir le CONTENU de notre projet. Parce que c’et là-dessus qu’on fera la différence. Il y a nécessité qu’on attaque sur tous les sujets (par exemple, la violence des voitures qui brûlent, mais aussi la violence dans le travail). La formation est un élément indispensable pour les militants. Si on nous empêche tout le temps de parler (dans les médias), c’est aussi parce qu’on fait peur : c’est bon signe. Je ne comprends pas bien pourquoi on devrait travailler notre projet avec d’autres. A nous d’avoir des idées.

• j’ai 85 ans, et 60 ans de Parti. je pense que le PC est quelques chose d’indispensable. Aujourd’hui, dans les quartiers et dans les entreprises, la politique n’entre plus (sauf la politique des patrons dans ces dernières). Autrefois, on sortait des journaux de cellules dans les quartiers. Aller voir les gens est une nécessité.

• J’ai l’impression qu’on cherche la solution miracle : c’est très compliqué. La solution du PC est-elle juste ? Moi, je ne vois pas d’erreur monumentale expliquant ce score catastrophique. Pour moi, il y a deux choses distinctes :
-  la position du PC en tant que tel : c’est l’idée communiste. Doit-elle vivre et être pérennisée ? Oui, je pense qu’elle el doit. Parce que c’est la seule alternative au capitalisme. Je crois que c’est le quotidien qui nous montre l’utilité du PCF.
-  la position du PC au sein de la gauche : à côté de nos initiatives, c’est une réalité médiatique très dure, à ne pas mésestimer (Bayrou, poussé par les médias, était le troisième homme à l’arrivée, avec toutes les conséquences que ça a eu -sur la victoire de Sarkozy et sur le PS-). Pour que l’idée communiste subsiste, il y a nécessité d’un front commun. Je ne vois pas la création d’une nouvelle force. Pour moi, c’est quelque chose de prématuré. La question est grave, là. On est en train de discuter de la disparition du PCF. Des statuts autres ne seraient-ils pas une marginalisation nouvelle ?

• En entendant les copains, j’ai envie de dire « retour aux fondamentaux » : Santé, Eau, Energie, Paix... A partir de là avec des mots simples, on peut montrer quelle société on veut. Ici et ailleurs (sur les autres continents). On n’est pas nus. On a plein de choses. Le 18 octobre : pour une des rares fois de ma vie, je n’étais pas gréviste. Mais ‘avais mis un badge : « unité du monde du travail ». On a discuté là-dessus, dans mon école. Il faut qu’on se mette dans la tête qu’on va construire avec ceux qui travaillent. Ceux qui travaillent, pour moi, c’est en lien avec les mots que je viens de citer. Le « petit document rouge » dont a parlé Philippe est dans mon sac d’école tous les jours. Il faut parler simplement aux gens. A propos du Parti : je partage complètement la conclusion de Bernard. D’un côté, il y a les purs et durs. de l’autre, ceux qui ont l’impression que le Parti n’existe plus. Pour moi, le parti existe. Il peut et doit être à l’initiative. Moi, ma demande est un état de nos forces, des lieux de nos forces, et de comment elles sont organisées. L’écart entre l’écoute des gens pour nos propositions et els résultats électoraux : moi aussi, j’étais très à l’aise dans la première partie de la campagne. Mais je refuse de baser notre action et notre futur sur cette image prise à un moment donné dans une situation donnée. Parce que sinon, c’est désespéré.

• Autrefois, chez Parvex ils étaient 42 communistes. Aujourd’hui, ils sont 3. Ca veut dire que la classe ouvrière a été à l’écoute des fondamentaux. Aujourd’hui, le bonheur, c’est : santé, emploi, pouvoir d’achat. Sarko a gagné parce qu’il a été à l’écoute de ce triptyque. Mais aujourd’hui, il n’y a aucune concrétisation. On a jamais vu un candidat de droite partir dans une telle surenchère. J’attends tranquillement qu’il explose. Autrefois, il me semble que l’ennemi était clairement identifiable. Actuellement, il va falloir qu’on identifie mieux le libéralisme. On commence à l’évoquer (par exemple avec EADS). S’il y a une chose qu’on e doit pas abandonner, c’est le mot « Communisme ». Même si on devra y ajouter quelque part « Démocratique ».

• On est sur un déclin qui dure (même s’il y a eu un sursaut en 1995). Utiliser les associations est différent de notre démarche de communistes. La question est de définir l’utilité du communisme. Pour moi, c’est d’être avec les gens. Je ne suis pas sûre qu’aujourd’hui ce soit avec des outils (par exemple savoir le programme par cœur) que l’idée communiste existera et se développera en France, en Europe et dans le monde. On ne peut pas dire les obstacles à surmonter aujourd’hui en se disant comment c’était il ya 40 ou 50 ans. Le mandat que je donnerait à la direction nationale, personnellement, est de clarifier une notion sur laquelle on n’est pas clairs entre nous : celle de « rassemblement ». Je n’ai pas envie qu’en 2008 on soit les seuls à construire un projet d’émancipation humaine en France et au-delà. Par exemple, en Amérique latine : ce ne sont pas des partis qui s’identifient comme communistes, mais le sont-ils moins pour autant ? Penser que seuls les communistes peuvent porter le projet d’émancipation humaine : à mon avis, le jour où on en sera là, notre fin sera proche. L’individualisme est là, je suis d’accord avec François Goby. Je pense que nous devons travailler la question du « qu’est-ce qui est souhaitable ? » / « Qu’est-ce qui est possible » et du rapport entre les deux. A mon avis, quelle que soit notre année d’adhésion, on ne doit pas prendre affectivement le choses, y compris par rapport aux questions d’organisation.

• Je pense que le Parti devrait plus prendre à cœur ses valeurs. A propos du PS : je ne me fais pas d’illusion sur Mélanchon qui serait plus à gauche que le reste de son Parti... Pour moi, le PC doit se réarmer politiquement. Et qu’il devra un jour refaire des alliance avec le PS et les écologistes. Je ne pense pas qu’on fera du neuf avec l’extrême-gauche (ils sont hyper-minoritaires en terme de militants). Je suis optimiste : le Parti s’est déjà refondé plusieurs fois dans son histoire, et il a toujours repris des forces dans les mouvements sociaux.






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